EPISODE 10 : Gilets jaunes et ma main dans ta gueule !
Résumé du précédent épisode :
Lola était trop jalouse depuis mon escapade à Mondialnat et me tirait une tronche d’enfer. Lors de mon retour au bercail, moi, la Singette je cherchais un stratagème pour supprimer la chatte Mirza. Sitôt imaginé, sitôt mis en pratique et plus dure sera la chute d’un toit en automne !
Trop drôle le débat qui s’était ouvert à la maison à la veille des grandes manifs de fin novembre et décembre 2018 à Paname. On se serait cru sur dans un match de catch. A gauche toute, Clara la maman et sa verve féministe intacte enrôlée comme la gentille se tenait droite comme un piquet de tente et à droite Louis le père fouettard à la couleur jaune poussin. Affalée au sein du canapé sur les genoux d’Elsa qui roupillait, je vous livre quelques extraits choisis du dialogue chiadé entre les cordes, histoire de vous mettre dans le bain du ring et de ses crispations.
Louis se lança.
- Demain on ira à la manif des gilets jaunes à Paris pour montrer à notre fille Elsa, de quel bois on se chauffe de ne pas tout accepter de la politique d’un gouvernement et savoir se révolter.
- Si je t’énonçais les joyeux supporters des fous du volant en gilet jaune, tu m’en diras deux mots mon chéri et tu essaierais de m’expliquer ce fatras d’un mouvement pigeon vole.
Clara mimait une personne qui distribue les cartes au jeu des sept familles.
- Dans la famille show-business je voudrais Brigitte Barbot, Franck Dubosc, Michel Polnareff, le rappeur de gruyère le K Aaris. Dans la famille des collectifs citoyens, je voudrais le comité Adam Traoré contre les violences policières et leurs acolytes à l’aile droite extrême du groupe identitaire « espoir et salut » de la mouvance tradi catho bobo. Dans la famille des politicards, je voudrais le fan club de Robespierre coupeur de tête en la personne de Mélenchon, la gorgone Marine la Peine, la reine Christine Bottin du bénitier, et autres aboyeuses et aboyeurs à grossir les rangs des gilets jaunes pour ne plus voir qu’une tête.
- Si ce que tu dis est vrai, c’est tout l’échiquier des mécontents qui va être représenté, à part pour l’instant les syndicats.
- Et ça ne te choque pas ?
Louis l’enlaçant très tendrement.
- Non pourquoi ?
Clara se détachant.
- Moi ça me dérange grave ces fachos et ces cathos extrémistes, les mêmes qu’on retrouvait lors des manifs pour tous à battre le pavé pour casser de la femme émancipée, du pédé, du trans ou du lesbi, du bi.
- Tu exagères. C’est presque tout le peuple de France qui se lève avec les gilets jaunes contre ce régime d’affameur.
Clara en colère les yeux révulsés.
- C’est devenu un inventaire à la Prévert l’énoncé de leurs doléances au petit bonheur la chance.
Je jubilais dans mon for intérieur de les voir se bouffer le nez à coups d’arguments charmants. Clara était encore plus sexy qu’à son habitude et ce con de Louis était aveugle à son charme. Discrètement, je lorgnais vers ses lolos d’un air gourmand à vouloir lui tirer le lait. J’eus soudain une sensation de réchauffement climatique au niveau de ma pépète sans la moindre régulation thermique de mes fluides corporels à la pompe. La voix monocorde de Louis me rappela à l’ordre.
-Si ça tombe ça va être la convergence des luttes qui va s’opérer enfin.
- Tu es complètement aveugle mon pauvre vieux ronchon. Faute de représentation avérée et respectueuse du peuple, je te l’accorde, la société du spectacle s’ébroue, quitte à bourrer le mou des quidams. Quidams qui riment avec femme, je te ferai dire. Parce que le pire à mes yeux, avec ces manifs des gilets jaunes partout dans l’hexagone, c’est qu’elles occultent tous les autres mouvements sociaux de revendication loquasses bien plus importants à mes yeux.
Louis jouasse.
- Tu penses à qui précisément ?
- Aux infirmières, aux chômeurs, aux enseignants, aux services publics en jachère… Mais surtout en particulier et qui me concerne au premier plan : aux marches de nous toutes contre la violence sexiste faite aux femmes. Je partage avec elles ce sentiment de sororité.
Louis prêtant une esgourde attentive.
- De quelle sonorité tu parles ?
- Faut arrêter de tirer sur ton manche, t’es sourd ou quoi. J’ai parlé de sororité, qui signifie sœur ou cousine, c’est la solidarité qui unit les femmes ou si tu préfères c’est le féminin de fraternité appliqué aux femmes.
- Oh la la maintenant les grands mots lâchés. Bon on fait quoi demain ?
- Pour mettre tout le monde d’accord, on peut commencer par la manif des gilets jaunes et on bifurquera vers la marche de nous toutes, avec comme slogans qui devraient te parler si t’as encore un peu de jugeote : qui ne dit mot ne consent pas, la planète ma chatte, protégeons les zones humides, ta main à mon cul ma main dans ta gueule.
A ces mots imagés, Elsa s’étira en chuchotant : un ta gueule sifflant.
Louis furax.
- Tu te rends compte, tu ruines tout le travail de l’instit de ta fille en employant tes mots grossiers. D’accord pour le programme que tu proposes.
Le lendemain, à l’heure de la messe tout le monde était sur le pont pour soutenir les gilets jaunes. Avec Lola et Gouingouin, on était aux premières loges bien au chaud, serrés les uns contre autres au cœur du sac à dos d’Elsa. Tous présents, direction le champ de Mars et que la fusée décolle….
Tu imagines le trajet en RER enrubanné d’un gilet jaune, du moins les adultes et même la gamine…. On se serait cru dans le 13 ème arrondissement, sauf que les tronches étaient alertes et joviales. Pas de quoi moufeter un rouleau de printemps qui serait mal passé et te démangerait l’estomac. Nada !
Ca déboulait de partout, une marée humaine bonne enfant qui voulait faire la nique au roi Manu premier. Toute la racaille des médias en goguette avait planté ses caméras pour le direct 24 heures sur 24, afin de créer de l’évènementiel et remplir la tirelire des annonceurs. BFM TV et ses concurrents se chauffaient le tarin, à savoir qui serait le mieux placé pour filmer la marée humaine en mouvement de contestation par vagues successives. Déjà que durant la semaine, ils avaient bien soufflé le chaud et froid sur la foule. Dès que ça a commencé à s’exalter aux Champs Elysées, ce fut le ramdam des zooms plein pot, nuit et brouillard et braséro entre deux nuages de lacrymo. Ouf il était temps. Tous les jours, des gus et des gussettes ramenaient leur fraise en sucette à l’écran à compter leur malheurs, à chacun le sien et tous pour un, un pour tous. A force ça devenait lassant. Il y avait enfin de la casse dans le quartier le plus huppé de Paname qui narguait les gueux sans foi ni loi lorgnant les richesses, comme un appel au crime.
La petite famille banale franchouillarde et tant d’autres, bien vite se réfugièrent au métro Etoile où les cognes de Musclor envoyèrent les gaz jusque sur le quai. Tout ce petit monde suffoqua les poumons en osmose et cracha sa bile. Des images des nuages fusèrent sur les réseaux sociaux, alors que vu d’en haut depuis son trône, le monarque se riait jaune de la populace éparse.
Ecœurés, atterrés devant une telle violence des forces soit disant de l’ordre, Louis, Clara, Elsa et nous autres les animaux, nous nous rendîmes bien vite au bercail, oubliant la marche pour toutes, emplis de doutes autant que de certitudes. Comme la croute d’un bobo qui se fait la malle à force d’avoir trop séché son prurit.
Une fois la maisonnée arraisonnée par le sommeil, avec Goingoin et Lola on s’improvisa une manif où les nanas se démangeaient les pognes dans la tronche des mâles. Je crachai à la gueule, du vrai / faux pingouin la possibilité de changer de sexe et rejoindre nos rangs, comme dans la chanson « Bourrée de complexes » de Boris Vian. Son œil noir lançait des étincelles de rage.
A propos de rage justement, depuis que j’avais poussé Mirza de vie à trépas du haut du toit et que sa progéniture avait été distribuée aux matous du voisinage, sa bouille de tigresse hantait mes nuits d’insomnie. J’éprouvais encore quelques difficultés à dire si j’avais éprouvé un quelconque plaisir à la voir s’écrabouiller en beauté le minois.
Cette nuit-là, alors que je hantais le jardin en permaculture de Louis, pour ronger mon frein, je croisais une espèce animale vieille de plus d’un milliard d’années que n’aurait pas renié le défunt Bob l’éponge.
A suivre dans un mois….
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